Photographie par Léonie Rouette Tétreault

Photographie par Léonie Rouette Tétreault

Depuis plus de 40 ans, les centres d’éducation populaire (CEP) permettent aux personnes défavorisées et marginalisées d’acquérir les compétences et la confiance en soi nécessaires à leur mieux-être, leur intégration sociale et leur participation à la vie démocratique. Malgré cet apport essentiel, les six CEP de Montréal sont aujourd’hui menacés de fermeture. Devant cette sombre perspective, plusieurs intervenants se sont réunis, le 5 avril dernier, pour plaider en faveur du rôle irremplaçable des CEP dans la vitalisation des quartiers les plus défavorisés de Montréal.

L’éducation populaire fait son apparition au tournant des années 1970, dans la foulée des mouvements sociaux des années 1960 qui appelaient à une plus grande participation citoyenne. Sur le Plateau Mont-Royal, des citoyenNEs mettent sur pied, en 1972, différents projets qui se regroupent l’année suivante en corporation sous le nom Ateliers d’Éducation Populaire de Mercier, qui deviennent les Ateliers d’éducation populaire du Plateau en 2002. Depuis ses débuts, cet organisme, comme les cinq autres CEP du territoire montréalais, s’est donné comme mission de lutter contre l’exclusion et de favoriser la solidarité et la participation citoyenne des résidantEs du quartier, particulièrement les plus défavorisÉes.

« Au cœur de leur quartier, ils (les CEP) sont des lieux éducatifs qui répondent à des besoins qui ne sont pas véritablement pris en compte par les institutions publiques d’éducation : le besoin d’un lieu accessible et ouvert pour les personnes exclues ou marginalisées, mais aussi le besoin de faire l’apprentissage de la solidarité et de l’entraide, de briser l’isolement en développant des relations amicales et des rapports égalitaires entre les personnes. À long terme, les centres favorisent le développement d’une conscience sociale et amènent les gens à lutter contre les inégalités et les injustices qui existent dans notre société.(1) »

Cette analyse a d’ailleurs pris toute son épaisseur humaine grâce au témoignage extrêmement touchant de Diane Landry, participante de longue date d’un CEP. Comme elle l’a fait remarquer, « on arrive souvent au Centre pour un cours, mais on y gagne beaucoup plus : un endroit pour échanger, apprendre et s’impliquer dans la communauté. » Aux prises avec une situation familiale difficile, Diane Landry aura gagné en confiance en elle-même au point d’obtenir un poste de travailleuse auprès de son CEP, d’en devenir ensuite membre du conseil d’administration et, en parallèle, de mettre sur pied deux coopératives d’habitation.

Pour Paul Bélanger, professeur à l’UQÀM ayant travaillé sur la question de l’éducation populaire, la reprise de confiance en soi et l’acquisition de compétences de base que celle-ci permet est un facteur clé pour mettre les gens sur la piste de la participation citoyenne : « l’État-Providence d’aujourd’hui est participatif, mais cet État n’a pas de sens si les citoyens n’ont pas les moyens de participer. »

Paul Gérin-Lajoie, ancien ministre de l’Éducation qui a joué un rôle de premier plan dans l’instauration du système public actuel dans les années 1960, a lui aussi plaidé en faveur des CEP. Comme il l’a fait remarquer, « ce que nous faisons, en termes de société, pour appuyer l’éducation informelle de personnes d’un certain âge revient aux jeunes : les grands-parents redonnent aux petits-enfants, qui profitent des services offerts par l’école (…) Malheureusement, tout le monde ne voit pas le large éventail de services dont profitent les enfants quand on donne un appui à leurs parents, grands-parents et arrières-grands-parents », qui aident ensuite les enfants à mieux comprendre le monde qui les entoure.

Marc Ouimet
Pour la Corporation de développement communautaire Action Solidarité Grand Plateau (CDC-ASGP)

Notes

1- Document de présentation sur les Centres d’éducation populaire remis lors de la conférence de presse du 5 avril dernier.