Rentrée communautaireLe 18 septembre dernier, pour la quatrième année de suite, les organismes communautaires du Plateau Mont-Royal se réunissaient sur la Place Gérald-Godin pour lancer la rentrée communautaire, faire connaître leurs activités et aussi faire valoir leurs revendications sur les enjeux qui marqueront l’année à venir.

C’était une belle journée de septembre, le temps au beau fixe et les tentes dressées pour accueillir les visiteurs. Près d’une trentaine d’organismes s’étaient réunis pour marquer le coup d’envoi de la rentrée communautaire et occuper l’espace public, discutant de leur action avec des passantEs comme des éluEs et candidatEs au prochaines élections municipales.

Une occasion pour les groupes de faire valoir leurs préoccupations et leurs valeurs, l’intégration des femmes, des immigrantEs, des personnes défavorisées, des jeunes marginalisés, bref, d’une population du Plateau qui tranche avec l’image que les médias traditionnels peuvent en véhiculer. Chez chacun de ces organismes, l’idée de valoriser le quartier comme milieu de vie et d’épanouissement, certains en offrant des services de première nécessité (alimentation, logement, hygiène de vie), d’autres en favorisant le dialogue citoyen et en donnant la voix à ceux et celles qui, trop souvent, en sont privéEs.

Au chapitre des revendications visant à améliorer la situation des personnes défavorisées, mentionnons le plaidoyer livré par Diane Lambert, du Centre de lecture et d’écriture de Montréal, pour la mise en place d’un tarif social pour le transport en commun. Comme le note l’intervenante, de nombreuses personnes défavorisées n’ont souvent pas accès aux services de première ligne tout simplement parce qu’elles ne peuvent pas acquitter le frais de transport pour se rendre sur place.

De nombreuses luttes marqueront ainsi les prochains mois pour soutenir les personnes marginalisées et défavorisées, de même que les organismes qui leur viennent en aide. Réunis en assemblée le 4 octobre dernier, les membres de la CDC ASGP ont notamment discuté de la lutte à l’itinérance, des coupures affectant les Centres d’éducation populaire, du financement des organismes communautaires autonomes en santé et services sociaux, ainsi que de la vente de l’Hôtel-Dieu.

La lutte à l’itinérance

La question de la lutte à l’itinérance s’annonce un cheval de bataille important pour plusieurs organismes communautaires, tant sur le Plateau Mont-Royal que partout à Montréal et au Québec. En effet, un changement d’orientation de la Stratégie de partenariat pour la lutte contre l’itinérance (SPLI), un programme fédéral dont dépendent plusieurs organismes pour leur travail d’intervention, favorise maintenant uniquement l’accès au logement (« housing first »), alors qu’elle soutenait autrefois une variété d’approches à cette problématique sociale complexe. Comme le souligne Marie-Laure Bailly, directrice générale de l’organisme Plein Milieu :

Sur l’île de Montréal, plusieurs organismes communautaires font de l’intervention de proximité auprès des personnes itinérantes. Ce sont, notamment, les travailleurs de rue qui sillonnent les quartiers, qui vont à la rencontre de ces populations itinérantes, qui ont la rue comme espace de vie, de sociabilité et d’appartenance. C’est un peu les travailleurs de l’invisible, on ne s’en rend pas compte, mais c’est un travail de fourmis. Ils travaillent au quotidien pour assurer une bonne cohabitation entre tous les acteurs sur le territoire. Si on fait disparaître cette proximité-là, peut-être qu’on va réaliser l’impact de ces compressions.

À Plein Milieu, la disparition du soutien de la SPLI au travail de proximité, en mars 2014, signifierait la perte de deux intervenants sur une équipe de cinq. Plusieurs intervenants soulignent également que cette nouvelle orientation empêcherait le financement des locaux pour les organismes, un problème pourtant latent sur le Plateau au vu de l’augmentation incessante des loyers.

Plus largement, l’approche du « housing first » s’applique mal à la réalité du Québec, qui s’est doté depuis longtemps d’une palette de services sociaux qui adresse la problématique de l’itinérance sur plusieurs fronts, dont celui du logement, mais en l’encadrant avec du suivi, du soutien et de la prise en charge pour les personnes itinérantes.

Celles-ci sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses sur le territoire du Plateau et leurs problématiques sont également de plus en plus diverses : vieillissement, toxicomanie, itinérance autochtone, etc. Malgré le fait que la reconnaissance de la problématique de la pauvreté dans le quartier soit toujours difficile, la réalité est que le Plateau vit, de façon croissante, la réalité d’un centre-ville où plusieurs personnes transitent et utilisent les services sans nécessairement y habiter.

Au final, les organismes communautaires intervenant en proximité sur la question de l’itinérance, au premier chef le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), souhaitent le maintien d’une SPLI généraliste qui ne serait pas cantonnée à un seul mode d’intervention, mais permettrait plutôt une pluralité d’approches adaptées aux différents milieux de vie et leurs problématiques spécifiques.

Pour en savoir plus sur les actions en cours pour soutenir une SPLI généraliste, visitez le site du RAPSIM : http://www.rapsim.org/fr/default.aspx?sortcode=1.0

Les centres d’éducation populaire

Un autre enjeu d’importance de cette rentrée communautaire concerne la survie des centres d’éducation populaire (CEP), dont les Ateliers d’éducation populaire du Plateau, un enjeu qui a notamment été médiatisé au printemps dernier avec la tenue d’une conférence de presse au cours de laquelle l’ancien politicien Paul Gérin-Lajoie a apporté son soutien inconditionnel à la cause de l’éducation populaire.

Suite aux compressions découlant de la situation déficitaire de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), les CEP, comme d’autres organismes communautaires, verront leur bail prendre fin et n’auront plus accès aux édifices de la CSDM, dont certains pourraient d’ailleurs être vendus.

Afin d’adresser ce problème, la ministre de l’Éducation a été mandatée ce printemps, suite aux pressions des CEP, pour former un comité d’études sur la question. Si des rencontres ont été tenues et qu’un travail de documentation a été réalisé par des fonctionnaires, plusieurs groupes craignent que des élections viennent mettre ces avancées en veilleuse. Les groupes concernés souhaitent donc que soit respectée l’échéance butoir du mois de novembre pour obtenir des engagements de la part du gouvernement dont, il faut le rappeler, le Ministère de l’Éducation est le véritable propriétaire des édifices, alors que la CSDM n’en est que le gestionnaire.

Cette bataille relève, finalement, de la reconnaissance de l’importance de l’éducation populaire comme partie intégrante de la question de l’éducation au Québec et des choix de société qui ont été faits en ce sens. Pour en savoir plus sur les impacts des compressions à la CSDM, les citoyenNEs et acteurs sociaux sont invitéEs à participer à l’assemblée publique qui se tiendra le le 14 novembre prochain, à 19h, aux Jeunesses musicales du Canada situées au 305, avenue Mont-Royal Est.

La campagne « Je tiens à ma communauté, je soutiens le communautaire »

Une autre bataille d’importance qui se mène à l’échelle nationale cet automne est celle du financement des quelque 3 000 organismes communautaires autonomes œuvrant en santé et services sociaux du Québec. Ces organismes, qui vivent un sous-financement chronique souvent marqué par un gel de leur fonds de fonctionnement depuis plusieurs années, demandent au gouvernement de rehausser leur financement de 225 millions de dollars par année afin de pouvoir maintenir leurs services sans être à la merci des orientations ministérielles. Dans la même veine, ces organismes souhaitent que le gouvernement adopte une véritable politique du travail communautaire qui reconnaisse leur travail et leur impact social.

À cet égard, une motion a été votée le 14 mai dernier à l’Assemblée nationale pour rehausser le financement des organismes communautaires en santé et services sociaux, une table de travail a été mise sur pied par la ministre Hivon mais, après six ou sept rencontres, l’argent est toujours difficile à obtenir.

Pour plus d’informations sur cette problématique et les actions en cours, visitez le site http://jesoutienslecommunautaire.org

La vente de l’Hôtel-Dieu

Un dernier enjeu d’importance qui mobilisera les organismes communautaires membres de la CDC ASGP est celui de la vente de l’Hôtel-Dieu. Un comité d’études a d’ailleurs été formé autour de cette question et devra produire une position commune sur le sujet dans les mois qui viennent. Globalement, les organismes militent pour un maintien du caractère public de l’édifice, qui pourrait notamment servir à développer du logement social, ce dont le quartier a bien besoin.

À ce sujet, le Comité logement du Plateau Mont-Royal (CLPMR) est sans doute l’un des groupes les plus actifs et engagés dans cette lutte. Le CLPMR organisait ainsi, le 26 octobre dernier, une manifestation contre la privatisation de l’Hôtel-Dieu.

Marc Ouimet
Pour la Corporation de développement communautaire Action Solidarité Grand Plateau (CDC-ASGP)