Centre des femmesLe 8 mars dernier, Journée internationale des femmes, le Centre des femmes de Montréal profitait de l’événement pour lancer les festivités entourant son 40e anniversaire devant plus d’une centaine de personnes. Pour Johanne Bélisle, directrice générale du Centre, et toutes ses collaboratrices, c’était le moment de souligner les luttes, actions et victoires passées, tout comme de réfléchir aux nombreux enjeux touchant encore les femmes aujourd’hui.

Fondé en 1973, le Centre des femmes de Montréal apporte soutien et support aux femmes en difficultés. Au départ un centre d’information et de référence pour les femmes, le Centre a évolué au fil des besoins exprimés par celles-ci pour offrir plusieurs services de support et de soutien. À ce jour, pas moins d’un demi-million de femmes ont profité des services du Centre des femmes, dont ceux de première ligne.

Lors du lancement des festivités, Johanne Bélisle, qui travaille au Centre depuis 25 ans et le dirige depuis 18 ans, a accepté de répondre à quelques questions pour parler de celui-ci et, surtout, des femmes qu’il dessert.

C’est aujourd’hui un jour de célébration pour le Centre des femmes. Qu’est-ce que vous souhaitez souligner plus particulièrement?

Johanne Bélisle : « On est là pour réfléchir, pour trouver des pistes d’action et de solution parce qu’après 40 ans, la mission du Centre est toujours d’actualité et le Centre a toujours sa raison d’être. C’est sûr qu’on a fait certains progrès et on doit en être fières, mais on doit rester vigilantes parce qu’on voit que certains acquis sont remis en question, notamment par le gouvernement fédéral actuel. Malgré toutes ces victoires accumulées au cours des 40 dernières années, la pauvreté, l’exclusion, la violence, les difficultés d’accès au marché du travail et la discrimination font encore partie de la vie de milliers de Montréalaises et de leur famille. On a encore du chemin à faire, l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas atteinte. On a l’égalité de droit au Québec, et on en est très fières, mais l’égalité de fait n’est pas encore chose faite, donc on a encore beaucoup de travail à faire dans ce sens-là. »

Exposition au Centre des femmesL’action du Centre des femmes de Montréal

Comment décririez-vous l’évolution du Centre des femmes depuis sa fondation?

J.B. « L’évolution du Centre s’est faite à partir des besoins exprimés par les femmes et des changements sociaux et démographiques de Montréal. Au fil des ans, on a développé différents services qui répondaient vraiment aux besoins des femmes. Je pense par exemple au service d’accompagnement à la cour pour les cas de violence conjugale. La bonne chose, c’est que les femmes en parlent davantage, la dénoncent davantage, mais elles ont besoin d’aide et d’être accompagnées dans le processus, donc on a développé ce service et c’est devenu un volet extrêmement important de notre mission.

La pauvreté et l’exclusion sont toujours présentes, mais elles se vivent différemment. Elles se vivent à des niveaux autres que ce qu’on avait l’habitude de voir : des femmes qui travaillent, mais qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. La pauvreté est toujours là, même si ce n’est pas le même type de pauvreté qu’on avait il y a 40 ans, elle est toujours aussi importante. Les femmes sont toujours plus pauvres que les hommes. Malgré la loi sur l’équité salariale et les progrès importants qui ont été faits, les femmes sont toujours plus pauvres que les hommes et ce, tout au cours de leur vie, incluant la retraite, parce qu’elles ont occupé des postes atypiques, parce qu’elles ont quitté le marché du travail suite aux grossesses, etc. Le volet pauvreté et difficultés économiques est toujours aussi présent qu’il l’a été, mais dans des formes différentes.

Évidemment, nous avons toujours eu une mission particulière en ce qu’on accueillait des femmes québécoises et immigrantes et, depuis dix ans maintenant, des femmes autochtones. Ça, c’est venu changer le paysage de notre travail. On doit maintenant travailler avec des femmes de différents pays, qui ne sont pas ceux de l’époque, on suit le flot de l’immigration. Les femmes autochtones qui ont besoin d’être accompagnées, c’est souvent tout un changement de mode de vie pour elles, donc on a aussi développé ce genre d’activités et de services là avec elles. C’est des réalités différentes, mais c’est aussi toujours la même chose dans le sens où on parle toujours des inégalités, de la pauvreté, de la violence, de l’exclusion, des difficultés d’accès au marché du travail. »

Directrice, porte-parole et sculpteurLe contexte actuel

Parlez-nous de certaines problématiques qui ont émergé dans les dernières années et comment le Centre y a répondu…

J.B. « Les femmes nouvellement arrivées ont beaucoup de difficultés à se trouver du travail, tout comme les femmes de 50 ans et plus. Les femmes qui ont choisi d’aller dans un métier non traditionnel, c’est difficile et, une fois qu’on a obtenu l’emploi en travaillant très fort et en faisant valoir ses compétences, c’est difficile de se maintenir en emploi, donc il y a de l’accompagnement à faire à ce niveau-là aussi. Il y a beaucoup de sensibilisation à faire auprès de la population, auprès des employeurs.

On a également créé, en 2005, un programme d’intervention mère-enfant pour prévenir les difficultés d’intégration au milieu scolaire pour les tout petits et favoriser l’intégration sociale et économique des mères simultanément. L’objectif est de donner le maximum de chance aux tout petits de moins de cinq ans, qui sont nouvellement arrivés comme leurs mères, ou encore récemment nés ici, pour qu’ils puissent intégrer le CPE (Centre de la petite enfance) ou le milieu scolaire de façon réussie et qu’ils aient une vie épanouie par la suite, que ce ne soit pas des enfants qui tombent dans la mésadaptation scolaire, sociale, la délinquance, etc. C’est notre volet le plus important en termes de prévention, c’est un peu ça, notre slogan : « améliorer le présent pour bâtir l’avenir ». Toutefois, nous sommes constamment à la recherche de financement pour assurer la survie de ce programme.

Je pense que ce sont les principaux éléments sur lesquels on doit continuer à travailler. Collectivement, c’est à nous en tant que parents d’éduquer nos enfants à la résolution de conflit de façon pacifique, au fait que les hommes et les femmes sont égaux… Ça part de là, au niveau de l’éducation en tant que communauté, au niveau de la sensibilisation de la population en général, des hommes et des femmes, aux différentes problématiques dont on parle. »

Sans conteste, le Centre des femmes de Montréal contribue de façon importante à ce travail de fond de soutien et de sensibilisation aux enjeux touchant les femmes. Si, d’un côté, la société doit évoluer et donner à tous ses membres des chances égales d’épanouissement, il appartient d’abord aux femmes de prendre charge leur propre vie. Comme l’a souligné Esther Bégin, porte-parole du Centre depuis 10 ans, lors d’une courte allocution : « Quand on s’aide soi-même, c’est le début de la liberté. »

Marc Ouimet
Pour la Corporation de développement communautaire Action Solidarité Grand Plateau (CDC-ASGP)