Portrait des jeunes à risqueLes jeunes vivent des réalités particulières qui ont elles-mêmes beaucoup évolué au cours des dernières années. Afin de mieux comprendre celles-ci et intervenir plus efficacement auprès des jeunes par la suite, les organismes Plein Milieu et Groupe de recherche et d’intervention psychosociale (GRIP) ont développé deux études sur le sujet qui étaient lancées au Clébard le 27 février dernier.

Avec plus de 2500 interventions annuelles auprès des jeunes du Plateau Mont-Royal, Plein Milieu est sur la ligne de front pour soutenir les plus vulnérables d’entre eux. Comme beaucoup d’autres, les jeunes et les organismes qui les soutiennent ont vu leur situation évoluer rapidement au cours des dernières années, par exemple à la faveur de la gentrification croissante du quartier. Chacune à sa façon, les deux études dévoilées par Plein Milieu et le GRIP sont venues jeter une lumière nouvelle sur la situation des jeunes du Plateau.

Portrait des jeunes à risque du Plateau Mont-Royal

Un des effets les plus directs de cette gentrification du quartier sur les jeunes à risque, soit des jeunes qui éprouvent des difficultés d’adaptation entraînant des comportements ou des conditions de vie à risque, est d’abord leur migration du quartier. Ainsi, si plusieurs s’y sentent attachés et s’y trouvent plus en paix qu’au centre-ville où les problématiques sont souvent plus lourdes, ils n’ont cependant pas eu le choix d’aller habiter ailleurs avec la hausse des coûts de logement.

À cet égard, l’étude réalisée auprès de 44 jeunes du quartier a révélé que les besoins de logement et alimentaires étaient les premières raisons pour lesquelles ils font appel aux organismes communautaires. Interrogés sur des pistes d’amélioration des services communautaires qu’ils reçoivent, les jeunes ont d’abord pointé vers plus de flexibilité dans les horaires. Concernant les programmes de réinsertion, plusieurs jeunes ont manifesté le souhait d’un encadrement plus serré et près de la réalité du marché du travail, en même temps qu’ils ont montré un certain agacement face à des activités obligatoires parfois loin de leurs préoccupations. De façon générale, les jeunes ont exprimé le désir de relations plus égalitaires et moins hiérarchiques avec les intervenantEs, en même temps qu’un accompagnement continu empêchant qu’ils doivent répéter sans cesse leur histoire à différentes personnes.

De leur côté, les intervenantEs ont souligné l’isolement des jeunes sans domicile fixe et la difficulté de les rejoindre. Également, il semble que l’usage plus présent des drogues chimiques au cours des dernières années ait entraîné une aggravation des problèmes de santé mentale auprès des jeunes. Or, seule une stabilisation des conditions de vie primaires peut permettre une intervention efficace et bénéfique auprès de ceux-ci. Comme le fait remarquer Marie-Laure Bailly, directrice de Plein Milieu :

« Si on veut travailler la prévention, il faut travailler en amont la question du logement, celle de la nourriture, etc. Les jeunes nous disent aussi qu’ils en ont assez d’être sujets à des interventions, qu’ils sont prêts à s’intégrer dans une mixité sociale. Un autre élément est que la situation sur la Plateau, marquée par la gentrification, rend l’accès au logement infernal. Pour nous, tout converge vers un projet d’appartements supervisés : on veut entrer en lien avec les coopératives d’habitation, signer des baux et y mettre des jeunes qu’on identifie à risque ou qui vivent des difficultés, pour éventuellement transférer les baux à leur nom. On prend le pari qu’une fois cette première étape franchie, on pourra les emmener à une situation de vie qui soit avantageuse pour eux-mêmes. On veut travailler pour ces jeunes-là et pour la dynamique du quartier, pour conserver la mixité sociale et empêcher un embourgeoisement massif. »

Consommation et comportemetns à risquePortrait de la consommation et des comportements à risque chez les jeunes du secondaire

De son côté, l’étude réalisée par GRIP, en collaboration avec Plein Milieu, dévoile un portrait précis des habitudes et comportements des jeunes du secondaire du quartier. Pas moins de 528 jeunes de 14 à 18 ans des écoles Jeanne-Mance, St-Louis et Espace jeunesse ont ainsi été interrogés, leurs réponses permettant de faire ressortir plusieurs tendances riches d’enseignement pour les intervenantEs communautaires.

Dans un premier temps, on apprend qu’environ six jeunes sur dix interrogés ont déjà consommé des drogues illicites, le cannabis au premier chef. Un peu plus d’un sur cinq aurait déjà consommé des drogues chimiques (speed, ecstasy), alors qu’environ 15% auraient déjà consommé des champignons magiques, dont on observe une recrudescence. Au total, il s’agit cependant d’une consommation généralement hédoniste et liée à l’expérimentation, le principal facteur de risque étant la banalisation qui en est faite, soit par les pairs ou encore la famille.

L’étude révèle aussi que les jeunes filles consomment davantage que les jeunes garçons, bien que pour des raisons parfois différentes. Ainsi, au-delà des motifs déjà connus, il semble qu’une jeune fille sur dix ait déjà consommé des drogues dans le but de maigrir. Ce comportement, lié à la pression sociale concernant l’apparence et les standards physiques, implique notamment les drogues chimiques, qui entraînent à leur tour une hausse marquée des problèmes de santé mentale. Ainsi, les jeunes filles apparaissent beaucoup plus stressées et déprimées que les jeunes garçons, au point où près de la moitié d’entre elles auraient déjà eu des idées suicidaires. On remarque également que les filles fument davantage que les garçons et que les fumeuses sont également plus à risque de consommer d’autres drogues.

Au total, le portrait réalisé par le GRIP confirme qu’une part importante de la consommation des jeunes relève avant tout de l’expérimentation et implique principalement le cannabis, l’alcool et le tabac. Par contre, le lien de cause à effet entre les drogues chimiques et les problèmes de santé mentale doit certainement faire l’objet d’une attention particulière des intervenantEs, notamment auprès des jeunes filles. Souhaitons que le travail de fond réalisé par Plein Milieu et le GRIP permette de mieux soutenir les jeunes du quartier dans leurs problématiques et défis particuliers.

Marc Ouimet
Pour la Corporation de développement communautaire Action Solidarité Grand Plateau (CDC-ASGP)

Télécharger l’étude « Jeunes à risque » de Plein Milieu

Télécharger l’étude « Portrait de la consommation de substances psychotropes et des comportements à risque chez les élèves de l’arrondissement du Grand Plateau » du GRIP